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Histoire sans faim

« On arrête de manger pour mincir, coller aux critères imposés par une mode qui adule la maigreur et rend risible les rondeurs. Puis c'est l'engrenage » avoue Marie. A 19 ans, elle pesait 33,5 kg. Un voyage de souffrances au pays de l'anorexie qu'elle raconte dans un livre écrit avec sa maman Roselyne Bertin. Rencontre.

C'EST L'HISTOIRE d'une adolescente de 15 ans. Elle s'appelle Élise. Au collège, "on" la surnomme « Boudin».

C'est l'histoire d'une gamine qui déclare la guerre aux calories, n'a de cesse de maigrir « pour être belle », de voir ses côtes et ses hanches saillir et qui avoue « plus je perds du poids, plus je me sens forte. Presque invincible. Le soir, quand, je ne parviens pas à m'endormir, je touche mon ventre creux et mes os qui pointent et je sens monter en moi un pouvoir extraordinaire car j'arrive à modeler mon corps comme je le souhaite». Jusqu'à ce que le corps se rebiffe... Autant de privations conduisent tout droit à l'anorexie. Souvent à l'hospitalisation. Parfois à la mort. Élise, elle, parvient à s'en sortir, fini par retrouver goût à la nourriture. Et à la vie. Comme Marie Bertin. L'histoire d'Élise, c'est un peu la sienne. « Disons que c'est une autobiographie romancée » précise Roselyne Bertin, professeur de français au collège d'Etupes et écrivain. « Journal sans faim », publié par Cascade pluriel vient tout juste de sortir en librairies. En littérature jeunesse, c'est le sixième roman de Roselyne Bertin mais le premier écrit à « deux plumes » et signé « à deux mains». Sans doute celui auquel Roselyne Bertin tient le plus. Déjà parce qu'elle le co-signe avec sa fille Marie, 20 ans. Ensuite, parce que c'est un cri d'alarme, « un livre, je l'espère, qui sera utilisé par les documentalistes, les enseignants et les parents pour mettre en garde les enfants. Un livre préventif. Dans la littérature jeunesse, peu de bouquins traitent de l'anorexie. Un problème pourtant si grave et qui concerne des fillettes de plus en plus jeunes ».

Le corps fait mal, les os déchirent. Le pire, c'est qu'on ne se voit pas maigrir.

« Il y a des milliers de façons de tomber dans l'anorexie, explique Marie, qui après deux années de souffrances, s'est réconciliée avec son corps. Le jour de ses 19 ans, elle pesait 33,5 kg pour 1,62 m. Son poids plume ne l'a pas empêché de passer ses examens, de décrocher un deug (Marie prépare une licence d'anglais) mais dans quelles souffrances ? « Pour les partielles, j'ai du apporter des coussins. Mes os des fesses saillaient tellement que je ne supportais plus la position assise » dit-elle. Entre l'automne 1997 et le printemps 1999, elle a perdu 28 kg. Pourquoi ? « Le fait de cesser de manger pour mincir n'est que la partie immergée de l'iceberg. Il y a souvent un problème psychologique bien plus profond » remarque Roselyne. « Pour une mère, c'est épouvantable de voir sa fille dépérir. Elle était squelettique, ressemblait à une petite vieille recroquevillée. On sait qu'il faut soigner le psychique mais l'aspect physique angoisse d'autant que l'organisme souffre de carences. Certaines peuvent être irréversibles». Cette période de sa vie, Marie voudrait l'effacer, l'oublier « mais en même temps il faut en parler pour que d'autres jeunes filles ne tombent pas dans le même piège. Aujourd'hui, j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui ai vécu ça, l'impression que c'est une inconnue. Une fille qui ne faisait plus la fête, ne sortait plus, avait peur des repas, souffrait en permanence. Pas de la faim parce que le corps s'habitue à ne plus recevoir de nourriture mais on souffre du froid, même en plein été. Le corps fait mal, les os déchirent, les ongles cassent, les cheveux tombent.Un supplice. Le pire, c'est qu'on ne se voit pas maigrir et qu'on n'a de cesse de toujours perdre plus de poids». Cette histoire, celle de sa fille, Roselyne Bertin a voulu l'écrire. Spontanément, Marie s'est jointe à l'écriture. Ensemble, elles ont brossé le canevas du livre. Séparément, elles en ont noirci les pages. Une alternance entre un récit écrit à la troisième personne par Roselyne et le journal intime d'Elise écrit à la première personne par Marie. Ça m'a permis de plonger dans ce que Marie voulait bien me montrer de son psychisme à travers ce journal. Ce qui est terrible avec les anorexiques, c'est qu'ils brouillent bien les pistes, se camouflent sous des gros pulls, savent manipuler la balance pour qu'elle affiche le poids qu'ils veulent bien». Marie s'en est sortie. Psychiquement et physiquement. Et elle est belle, très belle Marie.

Roselyne Bertin et sa fille co-signent « Journal sans faim », un livre qui raconte l'histoire d'une adolescente qui voulait tant maigrir qu'elle est devenue anorexique. Une autobiographie romancée.

FRANÇOISE JEANPARIS

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