La partie de cache-cash prend fin. Et avec elle l'irritation du consommateur qui tente vainement de soutirer de l'argent aux Distributeurs Automatiques de Billets. Tout va reprendre selon l'habitude, comme DAB pourrait-on dire. Mais pour les convoyeurs de fonds, rien ne sera plus comme avant la grève. Ces soutiers de l'économie ont prouvé l'importance de leur mission, en créant un début de pénurie ; ils ont eu néanmoins la sagesse d'éviter un blocage total qui risquait de les rendre impopulaires. Juste ce qu'il faut pour faire naître la crainte, mais pas davantage : ils ont intégré une donnée essentielle, le temps, qui a joué en leur faveur. Après avoir obtenu des résultats qualitatifs, notamment en matière de sécurité, les convoyeurs ont eu gain de cause sur l'ultime point d'achoppement : le versement d'une prime de risque mensuelle qui, au final, atteint le seuil psychologique de 1000 F nets. Victorieux sur le fond et sur les fonds, ils ont aussi remporté la bataille de l'image, leur utilité sociale désormais ne faisant plus de doute aux yeux de l'opinion. Cette issue favorable a bénéficié de l'intervention d'un médiateur nommé par Jean-Claude Gayssot : une fois de plus, il a permis de dénouer une crise qui avait toutes les allures du piège. Comme pour les routiers, l'Etat se trouvait embringué dans un conflit d'ordre privé, car les employeurs, y compris dans les secteurs où fleurit le libéralisme, savent toujours se tourner vers les pouvoirs publics. Le ministre communiste des Transports a favorisé le dialogue, sans entrer trop directement dans la négociation. Du bel ouvrage ! Les syndicats, quant à eux, ont évité un double écueil : celui du « jusqu'au-boutisme » et de la cacophonie. Leur action concertée a fait bouger le patronat, qui, en revanche, était divisé : la Brink's, le leader du marché, ayant les reins financiers plus solides que ses concurrents. Des divergences commençaient aussi à apparaître à la base, parmi les convoyeurs, et l'unité syndicale n'aurait sans doute pas fait long feu. Mieux valait donc conclure l'armistice. Une grève est toujours un signe d'échec, surtout lorsqu'elle perturbe tout un pays. Mais certaines sont moins mal gérées que d'autres. Catégorie, dans laquelle se range, sans conteste, celle des transporteurs de fonds.











