Invité d'honneur hier soir du FR Haguenau, dans le cadre du centenaire du club bas-rhinois, Arsène Wenger, l'entraîneur alsacien d'Arsenal, a procédé à un large tour d'horizon du football de l'an 2000. Morceaux choisis.
DE sa haute stature, avec son franc-parler, Arsène Wenger a tenu en haleine hier soir plus de 400 personnes à Haguenau, où le club local l'avait invité dans le cadre de son centenaire. Dans sa région natale, il bénéficie désormais d'une immense aura, et combien de supporters n'aimeraient pas le voir revenir à la Meinau ?
Arsène Wenger, il semble que Robert Pires soit très proche de signer à Arsenal ?
C'est effectivement une possibilité. Nous allons d'abord faire venir Lauren, le joueur de Majorque. Ensuite, tout dépendra du marché des transferts. L'été ne fait que commencer, et Arsenal a l'habitude d'être raisonnable.
Pires est une nouvelle piste française, après Petit, Vieira, Anelka ou Henry. Les Français s'adaptent-ils plus facilement au football anglais ?
Déjà, il est plus facile de vivre à Londres qu'en Angleterre. Ensuite, c'est plus facile avec un entraîneur français. Leur nombre favorise aussi leur adaptation. Quand un joueur est isolé, il connaît six premiers mois très difficiles. Et je dispose aussi d'éléments britanniques ayant un esprit très ouvert.
Le foot précède la marche de la société
En évoquant Arsenal, on parle souvent de brigade internationale. Est-ce une nécessité dans le football d'aujourd'hui ?
Ce n'est pas une nécessité, mais une conséquence de l'arrêt Bosman, de la liberté de circulation des travailleurs en Europe. Le foot précède dans ce domaine la marche normale de la société. Ce n'est pas encore intégré dans les mentalités et les esprits locaux. Quand j'étais joueur au Racing, le public de la Meinau se demandait pourquoi on prenait des joueurs de Nice ou Nîmes. C'est totalement désuet aujourd'hui.
La FIFA aimerait imposer sur le terrain cinq joueurs "nationaux" et six "étrangers". Qu'en pensez-vous ?
Je suis totalement contre, car nous vivons dans le monde de la compétition à outrance et globale. Il faut accepter quand un meilleur joueur vient prendre votre place. Si on en fait une question de passeport, c'est de la protection. C'est une façon régressive de penser par rapport à l'Europe. Derrière tout cela, il y a les intérêts cachés des équipes nationales et de la FIFA qui ne veulent pas dévaloriser leurs compétitions à elles. Aujourd'hui, il y a un G14, qui va devenir un G20, puis un G25, et qui fera sa propre compétition.
Arsenal en fera-t-il partie ?
Nous avons refusé, car lorsque l'unicité du couple FIFA-UEFA disparaîtra, le sport sera en danger. Les règles vont alors changer, et il y aura une scission entre les footballs des différents niveaux.
Je sais apprécier ce que j'ai
Votre nom a circulé pour prendre en main l'équipe nationale allemande.
(Grand sourire) J'ai encore deux ans de contrat à Arsenal. J'ai pris des engagements avec des joueurs, et je me vois mal leur dire que je m'en vais. Je sais apprécier ce que j'ai. Ces deux dernières années, il nous a manqué un petit plus pour être performant en Ligue des champions. C'est notre objectif, tout comme le championnat d'Angleterre.
Concilier les deux paraît de plus en plus dur. Ne faut-il pas faire de choix ?
On ne peut pas en faire, et c'est ce qui rend la tâche encore plus difficile. Je préfère terminer deuxième du championnat et perdre en finale de la Coupe de l'UEFA que de la gagner et finir quatrième. Les grands clubs ne peuvent plus se permettre d'être en dehors des grandes compétitions. Si on n'est pas en Ligue des champions, on est en D2, et on a du mal à garder des grands joueurs.
Que vous inspire la finale de ce soir entre Valence et le Real Madrid, deux clubs espagnols ?
Si on m'avait annoncé cela en début de saison, je n'y aurais pas cru une seconde. Contre toute attente, Valence a révélé des joueurs qui n'étaient même pas titulaires en septembre. Finalement, c'est le football le plus technique qu'on va retrouver ce soir, au bout d'un long marathon. Cela n'aurait peut-être pas été le cas avec l'élimination directe.
Je retournerai au Racing
Qu'éprouvez-vous par rapport au retour en forme d'Anelka ?
De la sympathie. Ce qui lui est arrivé était difficile à vivre. Il a été plus piégé que méchant. Je suis content pour lui, car un entraîneur espère toujours que le talent sera récompensé. Il jouit d'un talent exceptionnel.
Arsène Wenger a-t-il un plan de carrière, le menant à l'équipe nationale puis au Racing par exemple ?
Je parais rationnel, mais je fonctionne à l'intuition. Je suis parti au Japon contre tous les conseils de ceux qui construisent un plan de carrière. Je devais donner ma réponse à minuit. A minuit moins le quart, je ne savais pas ce qu'elle serait. En football, une semaine, c'est long. Deux ans, une éternité...
Avez-vous un rêve d'entraîneur ?
J'ai une équipe au fond de moi, mais je ne vous dirai pas laquelle (rires).
Reviendrez-vous au Racing ?
Je pense que j'y retournerai un jour, pas forcément comme entraîneur. Comme dirigeant, pourquoi pas ? J'espère que ce ne sera pas comme sponsor...
La réussite des Français en Angleterre, les conséquences de l'arrêt Bosman, la finale de la Ligue des champions ce soir, son avenir : Arsène Wenger a tenu en haleine plus de 400 personnes hier soir à Haguenau.
JEAN-MARC LOOS











