A Andlau, André Durrmann a entamé une conversion à la viticulture biologique. Parce que pour lui, l'agriculteur est « celui qui cultive la vie ».
LÀ, VOUS VOYEZ ce tapis de fraises des bois?» André Durrmann pointe le doigt sous une rangée de vignes. Les fraises sont là, appétissantes à souhait. « Nous en avons plein, elles poussent ici depuis quelques années.» Depuis que ce viticulteur d'Andlau a décidé de se tourner vers une viticulture plus respectueuse de l'environnement.
Installé en 1979 en reprenant l'exploitation familiale, André Durrmann a entamé il y a déjà un bon nombre d'années une réflexion sur les méthodes de la viticulture.« On a commencé l'enherbement dès 81. J'essayais d'utiliser le minimum d'herbicide, de n'en mettre que sous les pieds de vignes, et de faucher ailleurs.» Puis il a franchi le pas en 1998, en commençant les démarches de conversion. Avec le délai légal de trois ans, ses premières vendanges à avoir droit au label « biologique » seront celles de 2001.
Les « mauvaises herbes » ne sont pas mauvaises
André Durrmann arpente les rangées de ses vignes, placées sur les territoires des grands crus Wiebelsberg et Kastelberg, qui dominent le village d'Andlau : « Je laisse pousser les plantes entre les vignes. Elles ne me gênent pas, et je me dis qu'elles peuvent avoir leur utilité en servant de refuge aux insectes. Par exemple, en Amérique du Nord, on vient de découvrir un insecte mangeur du mildiou. C'est en préservant la biodiversité qu'on arrive à ces découvertes.»
Quand il fait visiter ses vignes, il entend parfois cette remarque : « Mais vous laissez pousser les mauvaises herbes!» Il répond aux gens : « Mes vignes produisent autant que les autres, et aussi bien. Ces herbes ne sont donc pas mauvaises.» Elles sont même utiles : elles couvrent le sol, et le protègent ainsi du soleil, du froid, et surtout de l'érosion. « Il y a quinze jours, les fortes pluies n'ont pas provoqué de coulées de boue dans mes vignes.» En puisant également certains éléments du sol, ces plantes évitent à la vigne de devenir trop vigoureuse. « Car alors, ses branches sont trop grosses. Elles sont plus difficiles à travailler, et plus sensibles aux maladies.» Quant aux traitements contre les maladies, ils sont à base de prêle, d'argile ou d'ortie. Ces plantes ont même parfois d'autres avantages, plus directement alimentaires : en plus des fraises des bois, André Durrmann peut récolter de la mâche en hiver, des petits poireaux, de bouillon blanc pour du sirop... De la même façon, il a laissé une portion de forêt sur ses terres au-dessus des vignes : « En rafraîchissant l'air quand il fait lourd, elle diminue les risques de grêle.» A certains endroits, il ne retourne pas la terre entre les vignes : « Je laisse les vers de terre faire le travail à ma place », dit-il dans un éclat de rire, « se tourner vers le bio ne signifie pas obligatoirement avoir plus de travail, mais organiser celui-ci autrement.» Un petit silence, puis : « En fait, on retrouve le sens premier de l'agriculteur : celui qui cultive la vie.»
Avec la disparition des pesticides, André Durrmann voit les fraises des bois revenir dans ses vignes.
DOMINIQUE GUTEKUNST











