Laisser les jeunes juger de ce qu'ils sont et veulent être est l'idée des « ébauches de l'an demain » présentées par le TPJ.
Bloquant une partie de la place Broglie vendredi soir et samedi après-midi, plus de 200 jeunes âgés de 10 à 23 ans ont présenté leurs « ébauches de l'an demain ». Organisée par le Théâtre Jeune Public (TJP), cette manifestation avait pour but de répondre à deux interrogations : « Comment nous, adultes, voyons-nous le monde dans lequel nous vivons ? Comment les enfants et les jeunes comprennet-ils hier, disent-ils aujourd'hui, espèrent-ils demain?», affirme Grégoire Callies, directeur du TJP.
Foire d'imaginations
Pour cette occasion, ils sont venus de partout : qui de la Suisse ou de l'Italie, qui de Turquie ou d'Angleterre, qui du Canada ou des ateliers jeunes du TJP. Accompagnés dans leur démarche par des comédiens, des metteurs en scène, chorégraphes, scénographes, auteurs et musiciens professionnels, ils ont su faire preuve d'une imagination oscillant entre la joie de vivre et les visions apocalyptiques du siècle qui nous attend. Rassemblés dans le périmètre de la place, les spectateurs pouvaient naviguer d'un spectacle à l'autre sans aucune difficulté, passant d'une grande scène de théâtre classique à une autre plus petite, en marquant un arrêt dans l'univers postindustriel décadent fait de carcasses de voitures ou dans celui plus reclus d'une petite ronde pour finir devant la nef ambulante voguant sur les rails du tram poussée à bras d'hommes. En d'autres termes : une foire humaine se déroulait devant les yeux du badaud attiré par les sons des percussions ou interpellé par les étranges créatures sorties d'on ne sait où. « Tréteaux montées, bâches tendues, sculptures géantes et chantiers divers, pendant six heures consécutives (deux fois trois heures, ndlr), la place publique (doit être) lieu de théâtre », précise Grégoire Callies.
Révolte ou espoir ?
Lieu de théâtre mais aussi lieu de révolte, de la traduction de ses désirs de poésie. L'avenir sera-t-il féminin ? Sera-t-il désespéré ? Animal ou monotone ? Il ressort de ces spectacles que notre monde est peut-être celui de l'ennui et de la décadence mais qu'il recèle une prodigieuse joie de vivre. Les exemples les plus délirants sont certainement ceux de « la petite horde » et de « prophètes, faux prophètes ». La première scène se déroule sur la nef, navire qui rassemble des jeunes français et turcs, tous bossu : leur univers, leur langue, leur corps est bossu. Ils embarquent pour la mer de Bossynes pour perdre leurs bosses et emmènent avec eux les spectateurs sur les 100 m de rails au son des barres de métal. Univers déliquescent, où les bosses sont les causes de leurs envies, de leurs peurs... les vents qui les poussent sur la mer sont ceux de leur corps. Le monde va mal, mais l'effort est là pour sortir de celui-ci. De la même façon, les prophètes nous présentent une vision humoristique du futur qui côtoie un réalisme halluciné du présent. Nous vivons dans un monde fait de l'amour de la chair et du sang mais si les animaux venaient à se soulever et à polluer notre univers ? Doit-on pratiquer le lavage de cerveau qui nous permettrait de vivre en harmonie avec les autres plutôt que de penser, d'argumenter... Le fond de ces histoires est toujours décalé comme cette mise en scène magnifique du « cri des poètes » où une horde de jeunes gens jaillis de nos villes ou de nos têtes font éclater la colère qu'ils renferment habituellement sublimée par les beaux mots des poètes complexés mais bien en chair. Les percussions qui les accompagnent viennent ajouter à ces personnages d'outre-tombe une touche d'authenticité. Sans oublier non plus, le cri d'Adelph, plaidoyer pour un nouvel ordre social reposant sur une véritable égalité de tous : femmes et hommes, interprété par de jeunes adolescentes qui affirment par-là leur féminité naissante. Décadentes ou joyeuses, ces ébauches nous auront en tout cas montré des jeunes talents.
Humour et réalisme ont marqué ces « ébauches de l'an demain ».
THIERRY GACHON











