Selon les combattants afghans, le refuge des islamistes d'Al-Qaïda est « nettoyé ». Mais Oussama ben Laden est introuvable. Les Américains mettent en garde contre une annonce prématurée d'une victoire.
Le réseau islamiste Al-Qaïda en Afghanistan semblait vaincu hier, écrasé dans les montagnes de l'est à Tora Bora, mais son chef, Oussama ben Laden, a disparu, échappant aux Américains et aux forces locales afghanes. Les raids aériens américains sur les montagnes de l'est de l'Afghanistan ont repris dimanche dans la soirée avant d'être suspendus vers 23 h 00 locales. La déroute des combattants d'Al-Qaïda dans les Montages Blanches de Tora Bora a été annoncée dimanche par les forces locales afghanes. « Nous avons nettoyé notre terre d'Al-Qaïda », a affirmé Haji Zaman, un des trois commandants ayant mené l'offensive, précisant que 200 membres du réseau avaient été tués. Il a aussi annoncé que ben Laden, recherché « mort ou vif » par Washington, n'était pas à Tora Bora et que les recherches dans le réseau de grottes et de souterrains, dernier repaire du chef islamiste, n'avaient rien donné.
Quelques poches de résistance
Selon le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, qui s'est rendu brièvement hier en Afghanistan à l'occasion d'une tournée dans la région, 2000 combattants d'Al-Qaïda ont fui les grottes de Tora Bora vers les collines avoisinantes. L'un de leurs responsables a été capturé, a-t-il précisé. Pour le secrétaire d'Etat Colin Powell, selon lequel ben Laden est « en fuite », Al-Qaïda semble vaincu en Afghanistan, même si quelques poches de résistance subsistent. La conseillère présidentielle américaine pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a toutefois mis en garde contre l'annonce prématurée d'une victoire. « Il est très clair qu'Al-Qaïda est désorganisé de manière importante » mais « nous devons continuer à nous inquiéter des cellules d'Al-Qaïda dans d'autres endroits » dans le monde, a-t-elle dit. La bataille « continue », a déclaré le général Tommy Franks, commandant des opérations militaires américaines en Afghanistan, en parlant de situation « confuse », alors que le commandant Zaman avait affirmé auparavant que dimanche était « le dernier jour d'Al-Qaïda en Afghanistan ». Selon Tommy Franks, le nombre de sites en Afghanistan suspectés abriter la fabrication d'armes de destruction massive a augmenté pour atteindre quelque 50. « C'est effrayant », a-t-il commenté sur ABC.
Ben Laden qualifié de « lâche »
La fuite de ben Laden risque d'autant plus d'être considérée comme un revers après l'émotion suscitée aux Etats-Unis par la diffusion jeudi d'une cassette vidéo où il se vante d'avoir organisé ces attentats. « Nous ne savons pas où il est » mais « il est en fuite », a indiqué Condoleezza Rice, le qualifiant de « lâche » parce qu'il ne combat pas avec ses troupes. Colin Powell a lui aussi affirmé « ne pas savoir » où est ben Laden mais s'est dit convaincu que les Américains l'attraperaient tôt ou tard. Des responsables militaires américains pensaient il y a quelques jours encore qu'il était caché à Tora Bora. Vendredi, l'agence Afghan Islamic Press (AIP) qui, ces dernières semaines, a maintenu des contacts étroits avec les talibans, avait annoncé qu'il n'était plus à Tora Bora. Fin novembre, le ministre des Affaires étrangères de l'Alliance du Nord, Abdullah Abdullah, avait déclaré à Kaboul que ben Laden se trouvait dans le sud du pays et non dans l'est.
Visite éclair de Rumsfeld
En Afghanistan, Donald Rumsfeld a effectué une visite éclair sur la base aérienne de Bagram, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Kaboul. Pour ce premier déplacement d'un dirigeant américain de ce niveau depuis 20 ans sur le sol afghan, il s'est entretenu avec des soldats américains et a rencontré le chef désigné du gouvernement intérimaire afghan, le chef pachtoune royaliste Hamid Karzaï, ainsi que son ministre de la Défense, Mohamed Qasim Fahim. James Dobbins, l'envoyé spécial des Etats-Unis en Afghanistan, est arrivé dimanche à Kaboul pour être le chargé d'affaires américain dans la capitale afghane. Il préside aujourd'hui un lever du drapeau à l'ambassade des Etats-Unis, fermée en 1989. Dans le sud de l'Afghanistan, les Marines américains ont commencé à aménager un site à l'aéroport de Kandahar pouvant accueillir jusqu'à 300 prisonniers. Trois Marines ont été blessés dimanche à l'aéroport pendant une opération de déminage.
L'ensemble des mesures prises pour boucler la frontière avec le Pakistan n'ont pas empêché des combattants d'Al-Qaïda de fuir. Trente-et-un combattants arabes, en provenance de Tora Bora, ont été arrêtés dans la zone tribale de Kurram par les autorités pakistanaises, selon la presse pakistanaise. Quatre combattants islamistes étrangers blessés, un Français, un Algérien et deux Saoudiens selon la police, se trouvent par ailleurs sous bonne garde dans un hôpital de Peshawar. Les premiers éléments d'une force multinationale devraient se déployer cette semaine en Afghanistan pour y soutenir le nouveau pouvoir post-taliban, mais, alors que le temps presse, le projet se heurte toujours à une foule de difficultés logistiques et politiques.
Des combattants afghans au repos après la déroute d'Al-Qaïda.
AFP











