Devenu agent de joueur, Zam N'Diaye fait profiter les jeunes footballeurs africains de son expérience malheureuse. Pour lui, l'esprit famille n'est pas un vain mot.
LA GALÈRE. Z am N'Diaye n'a jamais oublié son arrivée en France. Le coeur gros mais poussé par la farouche volonté d'exporter son talent naissant de footballeur sur le sol de France, il a frappé à la porte des princes. Là, au pied du célèbre rocher monégasque, où un certain Pierre Tournier façonnait de futurs joyaux, le jeune international sénégalais qu'il était alors a fait un essai concluant. Mais pas transformé. Bis repetita à Niort. Les Chamois conquis étaient prêts à lui permettre d'entrer sur la grande scène. Et pourtant, il se retrouva quelque temps plus tard à Fesches-le-Chatel où la grande famille de la Feschotte l'adopta. Zam n'a pas oublié : « Un gars qui s'occupait de moi a voulu gagner de l'argent sur mon dos et finalement toutes les possibilités dans les clubs pros se sont évanouies. Ça m'a amené à réfléchir à la façon de faire venir des jeunes Africains, de les aider à franchir les obstacles, de les soutenir dans les moments difficiles ». Zam a en fait bâti une grande famille tissant des liens avec son ancien club sénégalais le Sotrac Ouakam, créant en parallèle une école de foot baptisée Elite sport international : « J'avais envie aussi d'aider mon ancien club en faisant venir les meilleurs jeunes sans oublier de renvoyer l'ascenseur en apportant du matériel. » Et Zam n'est pas fou. Il sait que le joueur sénégalais jouit aujourd'hui d'une belle cote. Quelque part, il se dit même qu'il n'est pas tout à fait étranger à cette renommée naissante : « Si Diouf, Daf, Cissé pour ne citer qu'eux sont aujourd'hui internationaux, c'est sans doute parce que j'ai été le premier à les signaler à la DTN. Le football sénégalais revient de très loin et ce que l'on vit là est exceptionnel. On est rentré dans l'histoire du foot mondial et à mon époque, c'était quelque chose d'impensable. Aujourd'hui, le Sénégal, tout le monde sait où ça se trouve. Il y a un potentiel énorme derrière cette génération et je suis prêt à oeuvrer pour mon pays afin de servir son football ». Il a d'ailleurs été sollicité par la direction technique nationale pour la représenter en France et mettre en place un système de repérage des jeunes talents sénégalais. Mais pour l'instant un rêve le hante : assister au match d'ouverture de la coupe du monde 2002 France — Sénégal.
Un jour, il faudra que je m'émancipe
Devenu agent de joueurs à l'école Dobraje, Zam a réussi sa reconversion. Et il la mérite car il s'est battu pour vivre du football et faire passer ses idées. « J'ai eu la chance en ayant été international d'avoir gardé des relations. Mais il est vrai aussi que mon travail actuel facilite plus encore la tâche. Fred m'a mis le pied à l'étrier. Il m'a fait confiance. Aujourd'hui, je continue d'apprendre le métier. Je peux encore progresser » avoue-t-il avec une belle et grande idée derrière la tête : « Un jour, il faudra que je m'émancipe. Je suis actuellement dans cette réflexion car je dois aussi me prouver que je peux faire des choses seul. Mais même si je crée un jour ma structure personnelle je serai toujours reconnaissant envers Fred et nous continuerons à collaborer ». A moins qu'il n'intègre une autre structure, celle d'un club : « Par apport à mes idées, ce serait l'idéal. Je serais plus performant encore car je n'aurais pas à apporter les moyens. Je pourrais vraiment m'occuper ce qui m'intéresse, à savoir les jeunes ». Cette jeunesse qui est son credo. Preuve de son humanisme profond, de sa sincérité dans un monde où foisonnent les cannibales, Zam se veut avant tout et surtout le grand frère : « Si je leur évite mes déboires, c'est déjà beaucoup. Je remplace les parents qui sont restés au pays et je n'ai pas le droit de me planter vis-à-vis d'eux. Je suis tenu de leur fournir des explications. Je décharge aussi le club (N.D.L.R. : le FC Sochaux entre autres) car je suis présent auprès des joueurs. Ce sont mes petits frères et je les accueille sans contre-partie. Ici, on se retrouve ensemble. Quand ils arrivent dans la région, ils ne sont pas tout seuls et c'est un avantage inestimable. En tout cas, l'argent n'est pas le nerf de la guerre. Si c'était le cas, j'irais vers les pros ». Preuve que Zam veut tout mettre en oeuvre pour ne pas faire de l'Afrique du football un nouveau marché noir.
Demba Touré (Lyon), Badara Sené, Guirane N'Dao (FC Sochaux), trois jeunes talents dont Zam gère les intérêts.
Lionel Vadam











