Voici un bel exemple de roman psychologique. Une histoire contée avec le recul, le calme d'une arrière-boutique, le gris d'une ligne de peupliers dans le ciel de Copenhague. Un livre dans lequel on se remémore l'enchaînement des sentiments, on tente de démêler l'écheveau des fils noués, serrés ou lâches, entre nous. Le narrateur vit au Danemark. Il apprend par lettre la mort d'Adrian, son ami d'enfance, établi à New York, un jeune homme blond et souriant quand il était sombre et trapu. Il réalise qu'on connaît peu les personnes dont on se dit proche. Qu'il avait, en fait, laissé filer cette amitié, qu'il l'avait volontairement perdue dans l'espace et le temps. Qu'il n'avait pas percé les secrets qu'on lui avait suggérés. La vie amoureuse des deux garçons se recompose. Leur passion pour la même femme, Ariane, soeur d'Adrian. Les attirances interdites. Les unions qu'on croit, à tort, définitives. Les enfances aussi, dans un hôtel de passe ou une villa bourgeoise mais en tout cas jamais lisses. Si l'on accepte cette lenteur introspective, l'enrichissement est là, les découvertes du narrateur sont les nôtres. On comprend que la vie nous mène sans qu'on y puisse mais : « Mon existence a pris son tour le plus décisif pendant que j'étais occupé à autre chose ».
« Bruits du coeur », Jens Christian Grondahl, NRF Gallimard ; 267 p., 21 E.











